Le Journal Filmé. Pour une pratique du cinéma personnelAuteur : Garance Garnier - Directeurs de mémoire : Christian Lebrat & Jean-Louis Berdot
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Résumé : A l’origine de ce mémoire, il y a une révélation. En automne 2007, j’ai assisté au Centre Georges Pompidou à la projection de Lost Lost Lost de Jonas Mekas. Ce fût d’abord un étourdissement. Ce que je voyais sur l’écran me plaisait sans trop savoir pourquoi. Les images, la voix de Mekas, cette effervescence, tout cela m’a envoûtée. J’en voulais encore. J’ai donc découvert par la suite Diaries, Notes and Sketches, also known as Walden et Reminescences of a Journey in Lithuania. Quelque chose, un déclic, une ouverture s’est produite en moi. J’ai entendu parler du Filmeur d’Alain Cavalier par la suite. Je l’ai visionné et il m’a fait l’effet inverse des films de Mekas. Je me suis ennuyée, le film ne me touchait pas, j’étais presque gênée devant autant de confidences. Puis vient une pratique, la mienne, que je voulais approfondir et comprendre. Je filme quotidiennement des instants, des objets, des gens, sans trop savoir où cela va me mener. J’ai la volonté de rendre au mieux compte, par cette pratique, de ma perception, de ce que je ressens au moment où je filme. Cette double démarche, à la fois de spectatrice et de praticienne, m'a tout naturellement conduite à orienter mon mémoire sur le journal filmé. Je me suis tout d’abord penchée sur les analogies que l’on pouvait faire entre le journal intime en littérature et le journal intime filmé. Entre revenir sur sa journée chaque soir par l’écriture et capter le présent avec sa caméra, y a-t-il un rapprochement ? Une envie commune ? Peut-on trouver une typologie semblable aux deux pratiques ? Emploie-t-on le même vocabulaire ? Quel est le but d’un journal intime, écrit ou filmé ? Le journal intime, comme le dit son qualificatif, est un journal que l’on ne fait à la base que pour soi. Pourtant certains journaux sont publiés (Le journal d’Anne Frank pour ne prendre que le plus connu d’entre eux) ou diffusés (Mekas, Morder, Cavalier, Perlov, etc…). On parle alors de « film-journal », produit du journal filmé. Quelle différence entre les deux ? Comment passe-t-on de l’un à l’autre ? En s’intéressant ainsi aux différentes manières de faire un « film-journal », j’ai décidé de ne faire cas que de deux esthétiques du journal filmé, à la fois exemplaires et antagonistes. Mais qui sont aussi celles qui m’ont le plus marquée. L’une tournée vers l’extérieur et le partage : celle de Jonas Mekas. L’autre tournée vers l’intérieur, l’intime et l’introspection : celle d’Alain Cavalier. Après l’exploration de l’historique de chacune, qui permet de comprendre comment ces deux cinéastes en sont venus à pratiquer le journal filmé, on dégagera les principales caractéristiques de ces deux esthétiques, leurs manières de filmer, leurs motifs, leurs particularités, voire leurs convergences. En explorant ces deux pratiques et en analysant quelques-unes de leurs réalisations, je me suis rendu compte que faire un journal filmé est, au-delà de ce qui est raconté, un geste politique. Le journal filmé, par sa pratique – on est seul avec une caméra –, permet d’être totalement libre. Par conséquent, on cherche à inventer son propre langage. On cherche à se construire. On pousse notre réflexion plus loin. Ainsi le travail du filmeur peut être rapproché de celui de l’essayiste, comme de celui du poète. Et moi dans tout ça ? A l’occasion de ce mémoire je vais enfin revenir, pour la première fois, sur mes images. Tournées sur un peu plus d’un an, ces images représentent une dizaine d’heures accumulée sur cassettes et sur support informatique, filmée par une caméra et par mon téléphone portable. Peut-être que ma partie pratique de mémoire (mon propre film-journal) aidera, modestement et à mon niveau, à rendre compte de ma perception du monde. Du moins m'aidera-t-elle à m'éclairer moi-même sur cette perception.
Abstract : The starting point for this essay was an awakening. In autumn 2007, I watched a screening of Lost Lost Lost, directed by Jonas Mekas, at the Pompidou Centre in Paris. It was literally a dizzying experience. What I saw on the screen captivated me without my really knowing why. The images, the voice of Mekas, this artistic effervescence was bewitching. I was left asking for more. That is why I then went on to discover Diaries, Notes and Sketches, also known as Walden and Reminiscences of a Journey in Lithuania. Something opened up inside of me. Then I heard about the film Le Filmeur by Alain Cavalier. I watched it, but compared to Mekas’ films it had the opposite effect on me. Then came my own practice, that I wanted to push further. I filmed everyday moments, objects, people, often without knowing where it was going to take me. Throughout these cinematic diaries I wanted to relate the images I captured to the way I was feeling at the time of filming. I am interested in the ‘filmed diary’ to see if it is the best way to express my own personal feelings and notions of life. At first I tried to understand which links could exist between the process of making a diary with film, and making one using the written word. Is it the same for you to write about your experiences at the end of each day, as it is to film them? Do you use the same vocabulary? What are the similarities and differences that exist between the two media? And above all, what are the purposes of these types of diaries? A diary is usually a piece of work that you make only for yourself. Yet numerous diaries have been published (The Diary of Anne Frank is possibly the most famous) or screening (Mekas, Moder, Cavalier, Perlov, etc…) People define the ‘filmed diary’ as a diary you tell through images, and not through words. What is the underlying difference between the two? And how does one pass from one to the other? As I was researching the various ways of making ‘film diaries’, I decided to talk about two very different approaches. The first would be about sharing an experience or a point of view: that is Jonas Mekas. The other would be about intimacy and introspection: that is Alain Cavalier. After exploring the historical backdrops of these two types of film-making (which will explain why these filmmakers end up making these different kinds of films), we will compare the two and describe their themes and distinctive characteristics. After exploring these two artistic models and a selection of their films, I soon realized that making a ‘film-diary’ is in fact a political gesture. Being alone with your camera helps you be completely free. It can help you find your own language. It can help you to discover who you really are. These films closely resemble the approach of the writer or poet. So how do I fit in to all this? For the first time, this project has given me the opportunity to watch the images I have filmed for so long. Shot over more than one year, these images represent more than ten hours of rushes, shot either with a camera or a cell phone. The idea was to be free to capture something when a moment presented itself.
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