Mécanismes, formes et esthétiques de la pornographie amateur à l'heure d'internet : fragments d'une nouvelle poétique du Vide et de l'Excès?Auteur : Jean-Nicolas Schoeser - Directeur de mémoire : Gérard Leblanc
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Résumé : Internet, révolution majeure de la dernière décennie, a modifié profondément notre rapport aux images. En particulier aux images pornographiques : elles y pullulent, s’y exposent sans retenue au regard, et deviennent même un point important de l’existence du Web, se plaçant depuis la création de l’espace numérique connecté à la première place des requêtes effectuées sur les moteurs de recherche (25 pour cent, tous pays confondus). Ce que ce mémoire se propose de questionner, ce sont ces images de bande, et plus particulièrement ce qui constitue la grande nouveauté au creux de la pornographie : l’explosion de l’imagerie amateur. Avec Internet et le numérique, on a pu, brutalement, devenir tout à la fois spectateur et acteur des images. Et, dans le cadre de la pornographie, sont apparus, au milieu des flots ininterrompus d’images professionnelles, des fragments, des séquences semblant prises dans l’intimité même des gens. Ces videos, bien qu’existant avant, mais confinées à des cercles intimes ou des communautés spécialisées d’échange, ont peu à peu trouvé leur place au sein du flux, dessiné un public, qui les plébiscitent, comme en témoigne la comptabilisation des vues sur les porno-tubes, youtube du porno, qui sont le lieu majeur de visionnement de pornographie sur le réseau. Pourtant, dans ces images, il n’y a rien, ou si peu. Cadre fixe en plan large, focus automatique de caméscopes personnels, image bruitée ou mal définie, corps imparfaits qui oublient bien souvent la caméra. Nous sommes loin, ici, de l’imagerie clinquante et d’exhibition de la chair à l’oeuvre dans la pornographie dominante. Mais ces images survivent, elles ont du succès. Et dans le cadre de la pornographie, avoir du succès signifie en un mot comme en cent qu’elles excitent le spectateur. Il s’agit donc ici, à partir d’un matériau incertain et anonyme, de définir ce qui se met en place dans un tel visionnement d’images. Comment elles nous excitent, quel plaisir nous pouvons en retirer, et comment elles tracent les lignes d’une nouvelle position du spectateur face au spectacle pornographique. En se basant sur une analyse des différents éléments de l’image, du cadre aux corps en passant par la narration, tracer les lignes d’une esthétique, d’un dispositif filmique qui crée l’écart au porno dominant en remplaçant l’hyper-visibilité par les manques, et l’omniscience par la pulsion voyeuriste retrouvée. Chercher dans l’image, et dans ses périphéries, ce qui permet de mettre en place cet écart, et d’entretenir cette croyance au voyeurisme de l’intimité dévoilée. D’autant que ces images se placent dans un système très particulier, qui est celui d’Internet, lieu de l’exhibition de soi, où l’on peut tout voir, tout lire, tout savoir, parce que c’est le monde des hommes connectés, celui où l’intime rencontre l’intime, par l’entremise de sa médiation par l’image. On s’expose sur Youtube, Myspace, Facebook, on attend de l’autre une validation de soi, de son image. Le succès d’existence ne se crée qu’en fonction du nombre de vues et de commentaires, non plus en fonction d’une qualité intrinsèque de ce qui se déroule. Le Regard tout-puissant du voyeur s’hallucine pouvoir toucher chaque coin du globe, chaque personne connectée, chaque intime exhibé. On s’exhibe, on se crée une média-identité pour tenter de se rassurer, comme on validait, tout enfant, notre existence par le regard de notre mère. Le regard maternel est devenu celui des anonymes, et la logique de perméabilité des sphères publiques-privées rejoint la perméabilité des images, qui deviennent pour chacun, dans leurs voyages, tout à la fois autant fenêtre sur le monde que miroir métaphorique. La technologie de représentation charrie toujours avec elle ses propres fantasmes. Et ces fantasmes rejoignent la dernière faille de l’image, qui frustre sa lecture tout autant qu’elle augmente l’excitation : la matière-image, pixels fourmillants, dernier filtre vers l’accession des corps, lieu ultime de cette perméabilité, de ce dialogue qui se noue entre l’image et le monde, entre le regard et le fantasme. L’oeil frustré du voyeur, tentant de voir pour s’exciter, y dépose ses désirs, re-construit, une fois de plus, l’image-fragment, pour tenter de jouir, enfin.
Abstract : The internet, the most important technological revolution of the past ten years, has deeply modified our relationship with images. This is particularly true of pornographic representations : pornography explodes in the viewer’s eye, and becomes an important point of the Web experience (25 percent of search engine requests). The internet is for porn, says a famous song from the Avenue Q musical. One of the major developments with regard to those images, is the onset of a new form of pornography, mixed with professional classic gonzo-style sexual scenes on the major porno websites : amateur porn find its way through the internet sphere. These amateur pornographic images existed long before the internet, but were confined to some restricted areas, such as intimate circles or specific libertine networks. The major revolution here, is that they are offered up to millions of potential viewers, and they are successful, as can be proven by the most viewed videos of pornotubes. And the important question here is that those videos seem so empty, compared with professional videos that seem to offer a global-vision system of sexuality-in-progress with close-ups, acting, editing, fetishistic details of bodies, etc. Here, nothing but long takes, with static camera and low-definition image in a long shot of two not-so-good-looking people having sex. But as said before, they are popular which means, for a pornographic image, that they provoke some physical reaction on the spectator, sometimes masturbation. This dissertation attempts to answer this simple question : how can we understand this success? What is so exciting about those images that leads the viewer to become turned on ? What typical fantasies does amateur porn offer, compared to professional porn ? By analyzing every detail of its aesthetic, from composition to bodies and narrations, and comparing them to dominant pornographic representation, we demonstrates the gaps that those videos create, and how they modify the spectator’s position within the film : from an omniscient god, passively receiving an endless flow of sexual images, the frustration-of-not-seeing leads the viewer to become an active voyeur, taking his/her pleasure from being a peeping tom in this intimate moment. On Facebook, Myspace or Youtube, we are exhibitionists, showing everybody around our private lives and memories. And this exhibition goes along with an important use of images : from past parties to intimate moments, everybody is building his own media-identity, that can only exist through the look of someone else on websites. In a kind of psychological mirror/window state, inside the network-system one can only exist because one is being looked at, leaving comments on a facebook wall, or contributing, through the views counter on every youtube page, to validate the importance and accuracy of such mediated-exhibition. It is a game of voyeurs and exhibitionists,and through this limpid technology, the voyeur hallucinates in the belief of connecting people and connecting intimacy, that he can reach every part of the world, every little person that exists, and that the images will reveal everything that exists. Pornographic images join this movement, a web-cam illusion, and, by their trips from private spheres to internet websites, and from website to website, they become orphans, letting the viewer decide who those people inside the video are, where they live. They morph into witnesses of what has been, and perhaps what is still living, and the voyeur takes a deep pleasure in trying to finish the puzzle, hoping to reveal, by an active analysis of the image, what truth lies there. In a final movement, back to images, this hope contaminates the image’s organic material : pixels. They become a filter, one more frustration in our desire ro see, of peeping, one more barrier against our impulse toward truth and pleasure. In this final frustration lies the double-movement in those images : the low-definition validates their amateur origins, as a final proof of the reality that lies in there, and at the same moment, pixels open a wide range of potentialities, the ultimate lack inside the representation, creating a new dialog between what the image transmits and what it hides, between On and Off, between the supposed reality and its reorganization by the viewer’s fantasies. |