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Auteur : François Belin - Directeurs de mémoire : Jean-Pierre Beauviala et Jacques Pigeon

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Résumé :

Ce mémoire a pour objet d'étudier les films qui, lors de leur tournage, ont eu recours à la fois à la pellicule argentique et à un capteur vidéo numérique.
Nous sommes aujourd'hui au moment où la production cinématographique mondiale s'apprête à utiliser majoritairement les caméras numériques au tournage. C'est un changement profond pour l'image de cinéma, depuis ses début liés à un support de captation : la pellicule souple, majoritairement d'une largeur de 35 millimètres. La brèche s'est ouverte en 1998, lorsque Sony lançait sa gamme de caméras CineAlta, capable de filmer en haute définition, et en images progressives. Depuis, de plus en plus nombreux sont les films à avoir fait le pari du numérique. Cependant, d'autres ont souhaité, pour des raisons narratives, pratiques ou techniques, utiliser une démarche hybride, mélangeant les supports. C'est ceux-ci que nous comptons étudier, afin de tirer de cette analyse des tendances qui selon nous concernent l'esthétique de l'image cinématographique à l'avenir. En effet, étudier ces films, qui mettent côte à côte l'image de cinéma telle qu'elle est depuis les débuts et telle qu'elle devrait être dans le futur, c'est étudier comment les différences entre les supports sont gérées, utilisées en tant que différences ou au contraire minimisées par des solutions que ce soit lors du tournage ou lors de la post-production. C'est étudier ce qui importe avant tout à ceux qui font des films, dans la texture des images qu'ils nous proposent.
Dans un premier temps, nous nous consacrerons à retracer rapidement l'arrivée de la technologie numérique et comment les premiers cinéastes ont pu s'emparer de la technologie. Une définition des différents supports nous sera nécessaire avant de nous interroger sur la remise en cause éventuelle de l'image de cinéma qu'introduit la technologie numérique. Puis nous passerons en revue des exemples de films ayant proposé, pour des raisons diverses, une approche mixte du tournage.
Par la suite, nous étudierons en détail deux films, l'un de fiction, l'autre documentaire, qui ont pris pour système cette approche hybride. Ces deux films n'auraient clairement pas pu exister quelques années plus tôt sans l'apport de l'image numérique. Pour des raisons différentes que nous noterons, ils restent aussi attachés à l'image argentique.
Le premier de ces deux films est Collatéral, de Michael Mann (2004). Il se déroule dans l'environnement nocturne de Los Angeles, où un chauffeur de taxi un peu naïf est pris en otage par un tueur à gages dans le but de se servir de lui comme moyen de locomotion entre ses différentes cibles. Ce film est un élément clé dans l'histoire du tournage en haute définition au cinéma. Il conviendra de le situer dans son contexte, et dans l'oeuvre de Michael Mann, qui depuis n'a plus fait marche arrière dans l'affirmation d'une esthétique numérique franche. A travers l'analyse, nous discernerons des points clés dans l'utilisation narrative du numérique pour créer de nouvelles situations de tournage, et dans l'utilisation de l'argentique pour satisfaire encore un certain degré de qualité et un maniérisme lié à des traditions esthétiques fortes.
Le second est Océans, de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (2010). A propos de ce film, nous étudierons plus particulièrement la recherche qui a été menée dans le domaine de la technologie numérique pour que le mélange des images -nécessaire pour obtenir les plans souhaités par les réalisateurs- ne vienne pas perturber le spectateur dans sa découverte du monde sous-marin. Sur ce projet énorme, qui dura près de six ans, les décisions technologiques ont amené chacun à se soumettre à un « workflow », chaîne de travail, véritable clé de voute d'une image qui ne se maîtrise plus aujourd'hui seulement lors du tournage.
Enfin, nous sortirons un peu de l'analyse des films pour questionner à un niveau plus technologiques les difficultés qui peuvent exister lors du mélange des supports. Cela concerne les défauts de l'image, mais aussi la profondeur de champ, la colorimétrie et la question essentielle du grain et du bruit.
Ce mémoire s'accompagne d'une partie pratique où nous avons voulu mettre en œuvre différentes situations et hypothèses avancées ici. Elle a été réalisée en commun avec Mathieu Cassan, dont le mémoire concerne la profondeur de champ. Il en résulte un film de court métrage intitulé « Jeux d'adultes ».

Abstract :

We are now at a time when the global film industry is about to shoot with digital cameras in the majority of cases . It is a deep change for a movie image which has, since its inception, been linked to a shooting medium : silver-based film stock, generally with a width of 35 millimeters. Digital broke through in 1998 when Sony launched its first CineAlta cameras, with the ability to shoot high definition, progressive images. Since then, the number of movies using a D-cinema camera has never stopped growing. Nevertheless, some people wanted, for narrative, practical or technical reasons to have a "hybrid" approach, and decided to mix film and digital. It is those movies we are about to study, to try and find, through their analysis, trends for the future of the moving image. To study these movies, where both the movie image as we know it and the movie image as it is about to become are side by side, is to study how the differences between each medium are managed, used as differences or on the contrary, minimised during the shoot or in post-production. It is to study what is important above all, for the people who make movies, in the texture of the images they propose to the audience.
Firstly, we will consider the evolution of the electronic image and how it first arrived in the hands of moviemakers. We will have to define both media before questioning whether the image given by digital cameras can still be considered as a movie image or if it is somehow different. Then we will be able to talk about various examples of movies presenting for numerous reasons a hybrid shooting method.
After that, we will study two movies in detail - one feature film and a documentary, that used that mixed approach. These two films could not have been made a few years ago, before the impact of the digital image. Also, for reasons we will have to talk about, silver- based film is still very important in their conception.
The first of these two movies is Collateral, by Michael Mann (2004). The film takes place in Los Angeles by night, where a somewhat naive cab driver is taken hostage by a hitman, whose goal is to use him as a means of transport between his targets. This movie constitutes a key element in the young history of digital shooting. It will be important to re- place it in this context, and in the context of the work of Michael Mann, who has not looked back since then, in his proud affirmation of a    strong digital aesthetic. Through analysis, we will determine the impact of the digital medium on a narrative and how it can offer new shooting situations. We also will have to consider how film stock is still used to provide a certain quality, in tune with Michael Mann's style, coming from strong aesthetic traditions.
The second film is Oceans, by Jacques Perrin and Jacques Cluzaud (2010). For this movie, we will study more particularly the lengthy research into digital technology so as to allow the mix of digital and film that was absolutely necessary to obtain the shots that the directors wanted, without disturbing the audience in its discovery of the sub-marine world. In that huge project, which lasted for nearly six years, technological decisions lead everyone to follow a "workflow", now a keystone of a movie image that is longer controlled only during the shoot.
We will then leave movie analysis to consider a more technological aspect of the difficulties we can encounter while mixing film and digital. It is to do with image imperfections, but also questions like depth of field, colorimetry and the essential issue of noise and grain.
This research is followed by a practical exercise where we wanted to examine different situations and hypotheses observed in the theorical part. It is common to Mathieu Cassan's research, which is about depth of field. The result is a short film entitled « Jeux d'adultes » (Adult games).