Auteure : Lucille Caballero - Directeur de mémoire : Florent Fajole
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Résumé :
En Argentine, le terrorisme d’Etat a donné lieu durant la dernière dictature (1976-1983) à un usage systématique de la disparition forcée. Avec un nombre estimé à 30.000 disparus, la société argentine a enduré un traumatisme dont les conséquences sont encore manifestes. L’absence d’image caractéristique de l’incapacité de documenter les disparitions, souvent impossibles à anticiper, a été palliée par l’exhibition et le déploiement efficace des photographies des “desaparecidos”. Ces photographies, issues du contexte privé et ramenées à la sphère publique lors des manifestations contestataires, jouent un rôle authentificateur en rendant évidente l’existence passée de leurs référents. Mais en plus, elles deviennent le support d’une lutte pour la justice, la mémoire et la vérité, en affichant l’identité et la présence massive de celui dont l’Etat a voulu faire disparaître le corps et le souvenir. Par la nature du médium photographique et le déploiement qu’il permet, la photographie du ”desaparecido” inverse le processus de disparition. Une fois cette première étape passée, ces photographies ont été réemployées dans le champ artistique. Ces travaux réutilisent la photographie du ”desaparecido” en la transformant et en modifiant son contexte de monstration au public. Mise en abyme, projetée, dédoublée, dupliquée, fragmentée, cette image perd son caractère éminemment documentaire et devient l’objet de productions fictionnelles. Ces oeuvres, qui semblent proposer une issue à la dichotomie du débat sur la représentabilité de l’horreur, répondent à la nécessité première d’expression des artistes qui ont souvent perdu un proche. Mais leurs effets dépassent la singularité des histoires personnelles pour venir toucher les spectateurs, en réactualisant le dialogue et en générant une meilleure compréhension du passé par un travail actif de la mémoire.
Abstract :
In Argentina, during the military dictatorship (1976–1983), systematic use of forced disappearance was the result of government terrorism. The number of disappeared persons is estimated as high as 30.000, which led to a long lasting traumatism of the Argentinean society and its consequences are still apparent. The absence of images, a characteristic of the disappearances which were almost impossible to anticipate, was counterbalanced by efficient exhibition of photographs of the “desaparecidos”. These photographs, originating from private sources, were brought into the public domain on the occasion of protest demonstrations, playing the part of authentication by giving evidence of the past existence of their referents. Moreover, they became the base of a fight for justice, memory and truth finding, by advertising the identity and mass presence of those whom the government wanted to erase in body and memory. The nature of the photograph media and the means of their display, allows the photograph of the “desaparecido” to reverse the disappearance process. Following this first stage, these photographs were employed in the artistic field. The photographs of the “desaparecido” were transformed and their display to the public modified. Thus the image loses it’s documentary characteristic by being projected, duplicated, divided and becomes the subject of a production of fiction. These works, striving to propose a solution to the dichotomy of the debates concerning the representation of horror, are the answer to the urge of expression of artists who often suffered the loss of a loved one. However their effect reaches beyond the singularity of personal tragedies: they move the spectator, generate new dialogues and a better comprehension of the past by means of activating memory.
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