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Filmer le déplacement

Auteure : Leïla Bergougnoux - Directeurs de mémoire : Michel Coteret et Diane Arnaud

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Résumé :

Ce mémoire s’attache à étudier les différents visages du déplacement à l’écran. En effet, le déplacement traverse le cinéma de part en part, et plus particulièrement encore le cinéma américain, son expression la plus poussée étant bien sûr le road-movie. En effet, même si le genre road-movie, puisqu’il s’agit bien de lui, n’est pas le sujet central de ce mémoire, il est intéressant de voir comment il arrive à la toute fin d’un processus de digestion par le cinéma des différents mythes fondateurs de la nation américaine, et notamment du mythe de la frontière. Le road-movie apparaît ainsi, dans un contexte politique et culturel particulier, celui de la toute fin des années 1960 aux États-Unis. Il ne se présente pas alors comme un genre mais plutôt comme un symptôme de la crise de la représentation que connaît le cinéma à ce moment là.
Il est intéressant de noter comment le road-movie peut produire une si grande variété de manières de filmer l’action minimale de se déplacer. Ce mouvement si ténu, cette ligne droite, prend toute sa force à l’écran de par la place particulière qu’elle donne au spectateur : celle, organisée par la caméra, du point de vue par rapport auquel tout déplacement existe. Et ce point de vue s’incarne de mille manières à l’écran. Il peut être du voyage, ou bien, vite oublié sur le bas côté. Il peut s’attacher à un paysage qui devient plus qu’un simple décor et prend également en charge les états d’âme du personnage, la rythmique quasi musicale propre au voyage. Ou encore, le paysage peut aller jusqu’à disparaître totalement et laisser place à un déplacement imaginé naissant de l’immobilité apparente des personnages. Nous étudions plus particulièrement le cas du film Gerry (Gus Van Sant, 2001) parce qu’il pousse à son paroxysme l’épuisement du récit. On ne sait même plus pourquoi les personnages se déplacent. Perdus dans le désert, ils deviennent de simples pantins soumis à un paysage intelligent et un film qui les manipule. Et celui-ci, tout en s’inscrivant dans l’univers référencé du road-movie, en détruit un à un les codes. Il fait le ménage par le vide : plus de route, plus de voiture, plus d’Amérique. Le déplacement devient tout ce qui compte, tout ce qui reste.

Abstract:

This paper explores the different aspects of movement on screen. Movement has always been closely linked to cinema, specifically in the American one, and obviously in one of its expressions that is the road-movie genre. My work isn’t directly about road-movies, but more about the birth of the genre, which crystallizes the founding myths of the American nation, the frontier myth above all. The emergence of these movies -in the specific cultural environment that were the American early 60’s- appears like the consequence of the representation crisis that hits motion pictures at the time. It is interesting to see how road-movies can embrace such a large variety of ways of filming the act of movement. The camera organises a world in which the spectator becomes the reference that allows movements to exist, thus a tenuous move, or a straight line, become strong and meaningful on the screen, questioning the spectator’s point of view. He can become a member of the journey, or quickly be forgotten on the sideway. He can also focus on a landscape, which eventually will play a wider part in the story. The almost musical rhythm landscapes give to travels can even take care of the character’s emotional status. But landscapes sometimes also fade away and give birth to an imagined trip by the apparent immobility of the protagonists. We will specifically concentrate on Gerry (2001), a picture directed by Gus Van Sant, because the erosion of the story is brought to its paroxysm. The meaning of the characters’ movements gradually lose sense. Lost in the desert they become puppets obeying the rules of a somehow clever landscape, and of a film that manipulates them. Using the road-movie references Gus Van Sant gradually destroys its codes. Vacuity takes over: no more roads, no more cars, no more America. Movement becomes all that counts, all that remains.