Ce mémoire a pour objet d'étude les paramètres scénaristiques et filmiques visant à instaurer le sentiment de peur au cinéma, en usant d'une volonté de déstabiliser le spectateur par la perte et le brouillage de ses repères. Dans notre rapport au monde, nous nous appuyons constamment sur des éléments rassurants que nous considérons comme inaltérables, et l'angoisse nous assaille dès que des perturbations se présentent : la peur du noir, la plus commune, est par exemple un trouble de notre appréhension de l'espace, que nous ne pouvons plus distinguer dans sa totalité. Le concept de réalité, le temps et l'espace, le corps, sont des bases sécurisantes qui permettent à l'esprit humain de reconnaître et d'interagir avec l'environnement en toute confiance. Celle-ci se retrouve brisée lorsque l'un ou plusieurs de ces paramètres se révèlent fragiles et de nature précaire, qu'ils dévoilent leur part de mystère, laissant ainsi entrevoir le danger qui s'y dissimule. Mon étude vise à montrer comment ces perturbations sont utilisées par les réalisateurs pour rendre compte d'un monde imparfait et inquiétant, dans lequel la menace est omniprésente, souvent cachée mais perceptible et sensible. L'enjeu n'est pas tant d'expliquer l'attrait des films de peur auprès du public mais de comprendre comment cette émotion peut être générée grâce aux moyens du cinéma.
Abstract:
The subject of this dissertation is scenaristic and cinematographic parameters that instigate the feeling of fear in movies, using the destabilisation of spectators by the loss and the confusion of their points of reference. In our link to the world, we constantly trust in comforting elements that we consider as inalterable, and anguish appears when perturbations arise : the most common fear, darkness, is for example a trouble in our apprehension of space, that we can't make out in its wholeness. Reality, time and space, and our body are securing bases that let human spirit to recognise and move confidently in the environment. That trust is broken when one or more of these parameters are revealed fragile and precarious, allowing us to feel and see the danger. The goal of my study is to show how film-makers use the perturbations to render the threatening part of the world, where the menace is hidden but perceptible and sensitive. The stake is not to explain the horror movies' attraction over the audience but to understand how this emotion can be generated by cinema's abilities.