Auteure : Inès Leraud - Directeurs de mémoire : Yves Angelo et Jean Louis Berdot
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Résumé :
Les films documentaires qui réussissent à élever les personnes filmées au rang de personnages sont très rares, mais quand on en voit, ils laissent le sentiment durable d’avoir intimement rencontré quelqu’un. C’est ce qui s’est produit quand j’ai regardé les films « Chronique d’une banlieue ordinaire » de Dominique Cabrera, « No quarto da Vanda » de Pedro Costa, et « 17 ans » de Didier Nion. Ces « documentaires de création », bien loin du reportage télévisé, révèlent des personnages dans leur justesse, leur singularité et leur universalité. Ils sont souvent le fruit d’un long travail de repérages, de préparation, et d’heures de rushes tournées. Que se passe-t-il pendant ces années de travail ? Comment le documentariste construit-il petit à petit son film ? Les genèses de films sont généralement peu racontées, ce sont des espaces secrets, cachés, invisibles pour le spectateur, mais très riches pour mieux connaître les fondements d’un film. Nous les explorerons pour comprendre et analyser comment l’auteur parvient-il à faire d’une personne réelle un personnage de documentaire. A travers ce mémoire, je m’interroge donc sur le processus de construction d’un personnage dans le documentaire, à travers trois œuvres à priori très différentes dans leur récit (les récits d’anciens habitants d’un immeuble plongés dans leurs souvenirs dans « Chronique d’une banlieue ordinaire », le récit au jour le jour d’un homme qui se reconstruit dans « 17 ans », le non-récit d’une toxicomane dans un film dénué de toute progression narrative : « La chambre de Vanda »), dans leur durée (respectivement de cinquante-six minutes à trois heures), dans leur support (du 35 mm à la mini-dv), dans leur manière d’être pensée. J’analyse les œuvres, j’interroge les cinéastes sur l’acte créatif : le casting, le contrat entre le réalisateur et la personne qu’il va filmer, les choix esthétiques, le tournage et le montage. Je m’interroge aussi sur le statut des personnes filmées, l’expérience qu’elles vivent. J’en extrais finalement des ressemblances, des axes de convergence : La création du personnage en documentaire consisterait d’abord en un acte de fouille, puis en un acte créatif. Le cinéaste prépare longuement son film, fouillant en lui et en la personne qu’il va filmer afin de trouver ce qu’il veut exprimer, puis au tournage, il inscrit au tournage son personnage dans un univers esthétique singulier et puissant. André Bazin pense que les réalisateurs de fiction sont des alchimistes, et les documentaristes des chercheurs d’or. Il semblerait à travers ce mémoire que construire un personnage en documentaire relève des deux actes.
Abstract:
I was deeply moved by Vanda, Jean-Louis and Jean-Benoit when I saw them in a film and perhaps they don’t even know it. I had in fact been deeply moved by them on several occasions, each time I saw the films more so than the last, and they didn’t know it. They surely have no idea that once they have caused a viewer to tremble, to doubt themselves, to feel destabilised and haunted. Since seeing them on screen, I feel l know them and as if I have shared something with them. When I discovered them for the first time Vanda Duarte, Jean-Louis Nivault and Jean-Benoit Durand were a drug addict, a trade unionist and an apprentice mechanic respectively. They probably had no idea the message they were sending us through the films “No quarto da Vanda” de Pedro Costa, “Chronique d’une banlieue ordinaire” by Dominique Cabrera and “17 Ans” by Didier Nion, because they are not professional actors, because their lives returned to normal at the end of filming and they never became famous through these films. Although it is now common to refer to “documentary characters” and even “documentary heros” the above mentioned examples interest me as they are at odds with the classical notion of “persona” as action, first defined by Aristotle: the character or “persona” must have objectives and obstacles to overcome. Here it is not through action that the characters reveal themselves but rather in the depth of their being, through the expression of their emotions. I didn’t identify myself with them but instead felt as if I had met them personally. It’s as if the film had given me access to a part of their being, their essence. As an amateur documentary maker myself, I would like to focus on the creative processes whereby the protagonists of these films were willing to open up and reveal themselves. The feeling I had of having met them is, I know, the result of another encounter: that between the filmed and the filmmaker. I met all three filmmakers, as well as Jean-Louis Nivault, one of the protagonists. I was able to question them on their ways of working, to firmly base my study on their working practices. My research is centred around the question of the relationships and the principles which bring together the filmmaker and their protagonist during the creation of a documentary. This does not stretch to include all fields of documentary but is limited to films which are based on particular people, which paint a portrait, in order to understand the following: How do characters such as Vanda, Jean-Louis and Jean-Benoit emerge from a relationship, which sometimes begins as a result of unbreakable bonds, in the art of seduction, and which develops through relations of power and submission, seeing and being seen, self-interest, manipulation, knowing and not knowing, intimacy, tenderness, love, confidence, in sum, the complex relationship between filmed and filmmaker in documentaries?
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