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Le cinéma Asynchrone

Auteur : Mathieu Macheret - Directeur de mémoire : Gérard Leblanc

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Résumé :

Dans une Histoire du cinéma considérée comme celle des rapports entre image et son, l’asynchronisme est le régime qui, avant toute chose, prend état et institue un « irreprésentable », qu’il soit le Passé, le Réel, la Vérité, l’Ensemble, la Poésie, ou quelque autre majuscule. Cet irreprésentable devient la limite commune entre l’image et le son, ce vers quoi ils doivent amasser tout ce qu’ils peuvent saisir – des traces, des indices, de la durée, de la matière, du mouvement, etc. – et pointer leur lourd édifice. Images et sons travaillent indépendamment mais simultanément et vers le même horizon : la construction d’une enveloppe, d’une crypte où abriter l’irreprésentable. Ils sont les éléments même de cette construction intellectuelle qui leur confère alors une double nature, à la fois objective et subjective : enregistrement et manipulation. L’asynchronisme n’est plus le garant d’un monde unitaire et transparent, mais d’un monde organisé en strates et à décrypter. Cette stratification du monde représenté est le conjugué de la stratification entre image et son, son exploitation verticale. A la différence de ses prédécesseurs, l’asynchronisme organise une rencontre parallèle entre les images et les sons. Il n’existe pas une simple latence entre l’image et le son, une différentielle infinitésimale, mais une différence totale, irréconciliable, de nature ; une infinité de temps, une éternité. C’est une grotte scellée où se terrent les morts, les disparus, les fantômes et les innommables ; une collection de restes et de preuves qui peuvent en témoigner. Une enquête. L’asynchronisme est l’objet de l’étude qui suit.

Abstract:

In a History of cinema regarded as connections between image and sound, asynchronism is a mode that, first of all, institues sort of an « undepictable », whatever it may be - the Past, Reality, the Truth, the Whole, Poetry - or some other capital letter. This undepictable becomes the common limit between image and sound towards which they must gather all they can pick up – traces, clues, lenght, material, movement, etc. – and point their heavy building. Images and sounds work independently but simultaneously and for the same horizon : building an exterior, a crypt to shelter the undepictable. They are the very elements of this intellectual construction that gives them a dual nature, objective and subjective as well : recording and manipulation. Asynchronism no longer guarantees a unified and transparent world, but a stratified and codified one. This depicted world stratification, its vertical running, is conjugated with image and sound stratification. Unlike its predecessors, asynchronism organizes a parallel meeting between images and sounds. There’s not only a simple latency period, an infinitesimal gap, between image and sound, but a total unreconcilable difference, an eternity. Asynchronism is a sealed cave where the dead, the departed, the ghosts and the nameless go to ground, an entire remains and left-overs collection. It’s an investigation based on these pieces of evidence. Asynchronism is our following study’s main topic.