Auteure : Marine Goujet - Directeur de mémoire : Yves Angelos
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Résumé :
La démarche des architectes et celle des cinéastes, bien que leurs domaines d’action semblent très éloignés, présentent de nombreuses parentés. Elles sont en particulier celles de plasticiens concernés par la question du cadre et du point de vue, dont la lumière est l’un des outils fondamentaux. Nous avons choisi de nous intéresser plus spécifiquement au traitement de la lumière naturelle en architecture, et sa représentation au cinéma. La lumière naturelle est complexe. Elle est le résultat de la modulation de la lumière solaire par plusieurs éléments : la traversée de l’atmosphère et de sa couche nuageuse, l’inclinaison de la Terre (liée à la latitude, l’heure et la saison de l’observation), les qualités réfléchissantes des matériaux environnants. En perfectionnant siècle après siècle l’art de bâtir, l’Homme a appris à se protéger de la lumière solaire, puis à la maîtriser et finalement en faire son allié dans de véritables scénarii spatiaux. Selon la destination de l’édifice, et grâce à une large palette d’outils lui permettant de façonner littéralement la lumière, l’architecte construit une ambiance lumineuse particulière. Selon les époques, la lumière joue un rôle différent, d’importance plus ou moins grande, mais elle est toujours une préoccupation essentielle en architecture. Quand le cinéma naît, ses images sont d’abord soumises à un éclairage qui se veut neutre et objectif, avant que les créateurs ne comprennent la puissance de l’outil qui est à leur disposition. Dés lors, les opérateurs vont explorer la gamme des rôles que peut adopter la lumière, et expérimenter toutes ses nuances. Pour cela, ils reprendront souvent les voies de recherche plastiques de la peinture, mais aussi, consciemment ou non, les pistes lancées par les architectes. Structurer une lumière dans l’espace, c’est le travail d’un chef opérateur, et c’est celui d’un architecte. On règle un plan au cinéma comme on prévoit l’éclairage d’un bâtiment : en hiérarchisant les espaces, les surfaces, les lignes, en organisant une circulation du regard et du corps ou de la caméra. C’est ici que réside le lien profond entre architectes et chefs opérateurs : toute mise en lumière est une mise en scène. En architecture, l’émotion ne peut pas naître d’un scénario mais seulement de la lumière, de sa circulation et de ses jeux, c’est pourquoi un chef opérateur à beaucoup à apprendre de ce domaine. Essayer de comprendre la lumière en architecture amène à réfléchir aux rôles que l’on peut lui confier : organiser et hiérarchiser l’espace, mettre en place un parcours physique, visuel ou sensitif, émotionnel, voire articuler une pensée. Un chef opérateur doit connaître la puissance de l’outil qu’il a entre les mains. Il doit savoir qu’il est lui aussi un metteur en scène, qu’il peut au seul moyen de la lumière donner du sens. Il peut, comme l’architecte, mettre en espace mais aussi mettre en scène.
Abstract:
Althought their fields might seem very different, architect’s and cinematographer’s work have lots of similarities. Both are plasticians, concerned by the questions of the framing and the point of view, in which light is a fondamental tool. I have chosen to focus more specifically on the use of natural light in architecture, and its renderig on screen. Natural light is complex. It is the result of the modulation of sunlight by several elements : the crossing of the atmosphere and the cloud cover, the inclination of the Earth (linked to its latitude, the time and season of observation), the reflecting qualities of the surrounding objects. Man has improved the art of building century after century : first to shield from sunlight, then to control it, and finally make it play a role in spatial scenarios. According to the building’s final purpose, and thanks to a large set of tools, the architects can litterally shape light, and design a special lighting environment. Depending on eras, light plays a different part, with more or less importance, but it is always an essential point in architecture. When cinema was born, movies are first lit in a way that wanted to be neutral and objective, until cinematographers understand the power of the tool available to them. From then on, cinematographers are going to explore the range of roles that light can play, and experiment all its nuances. Hence they will often follow the paths of plastic research of the painters, but as well those launched by architects, consciously or not. Structuring light in space is the work of a cinematographer as well as that of an architect. Setting a shot in cinema is done the same way of planning the lighting of a building : by putting hierarchy in spaces, surfaces, lines, by organising the travel of the eye, the body or the camera. This is where the real link between architects and cinematographers lies : lighting is staging. In architecture, there is no script, emotion can only be made of light, its circulation, the play with shadows. This is why a director of photography has much to learn from this art. He has to realize the power of light. To go further, he has to understand that he can not only organise space, but also give emotions and even meaning to the scene he lights.
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