Auteur : Angèle Gohaud - Directeurs de mémoire : Frédéric Sabouraud et Tunico Amancio
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Résumé :
Des films comme Jaguar de Jean Rouch ont ouvert la voie à un type de réalisation particulière mêlant fiction et réalité. Ce mémoire se propose d’explorer cette production entre documentaire et fiction. Le terme « fiction in situ » pose l’hypothèse de l’émergence d’un nouveau type de cinéma, à l’instar des artistes plasticiens qui, à partir des années 1970, en implantant leur production dans des lieux, inventèrent « l’art in situ ». Dans le cadre du cinéma, il s’agit de raconter des histoires spécifiques à un lieu en utilisant les éléments qui le composent : les cadres de vie, les habitants et leurs aventures authentiques. Les films étudiés prennent ce réel comme matière même de narration. À partir de ce postulat de départ, cette étude développera une série de questionnement sur le mode de fabrication de ces films et leurs rapports à leur environnement. La mise en scène du réel sous forme de fiction pose des problèmes concrets de mode de fabrication : comment écrire un scénario, une histoire sur ce qui ne peut pas être prévu ? Comment intégrer un dispositif de filmage de fiction dans un environnement réel ? Ces films opèrent une fusion entre l’espace de tournage et le réel, et donnent ainsi lieu à des interactions entre ces deux mondes. Pour répondre à ces questionnements, cette étude se base sur des entretiens et témoignages des réalisateurs des films du corpus. Ces dispositifs de fiction sont très proches du documentaire, et remettent en cause la notion de frontière entre ces deux genres. Tout au long de ce travail, l’effacement de cette frontière ne cesse de poser des nouvelles problématiques. Cette fictionnalisation de l’existant perturbe notre régime de croyance en l’image, et instaure en nous un doute perpétuel vis-à-vis de ce que nous voyons. Elle remet aussi en cause la notion d’acteur. Celui-ci jouant son propre rôle, la frontière entre ce qui est de l’ordre du jeu, et ce qui vient de lui-même est souvent indiscernable. Cela ouvre une réflexion plus générale sur les notions de jeu, de direction d’acteur, et plus fondamentalement d’identité. Au-delà de la place de l’acteur, l’organisation interne de l’équipe est modifiée, pour tendre vers un fonctionnement plus collectif. Le réalisateur perd son statut d’inventeur d’un monde, d’auteur, et devient le créateur d’un dispositif qui réorganise les éléments du réel. Cette recherche se base sur un corpus de films brésiliens contemporains. L’étude de ce contexte de production particulier donne lieu à une réflexion sur les rapports entre le contexte socio-historique et la fabrication des films. En effet, la production cinématographique brésilienne a une histoire chaotique et les films étudiés portent en eux les marques de ce contexte.
Abstract :
Movies like Jean Rouch’s Jaguar opened the path to a kind of cinematographic production that mixes fiction and reality. This essay seeks to explore these films between documentary and fiction. The term « fiction in situ » hypothesizes the advent of a new type of cinema, like the artists who, since the 70’s, have invented the « art in situ », implanting their creations on existing locations. Transposing this concept to cinema, means telling stories related to a place, using elements from it: the scenery, the inhabitants and their adventures. The movies studied take reality as the substance of narration. Through this postulate, this research questions the way of making these movies and their relationship to their surroundings. Using reality in a fiction is a practical problem: how can one write a script, a story, on something that can’t be predicted? How can a fiction shooting device fit into an existing setting? These movies blend their shooting sets with reality, and generate interaction between the two worlds. This study aims at answering these questions through interviews and film director’s testimonies. These « fiction in situ » devices are close to documentaries, and question the boundary between the two genres. As the work goes on, the limit fades and new questions arise. This fictionalization of what exists disturbs our way of believing images, and makes us endlessly doubt what we see. It also questions what being an actor is: when he acts his own part, the boundary between what is acted and what is true is often undistinguishable. It opens a larger thought on the experience of acting, actor direction, and more essentially identity. Beyond the place of the actor, the internal organization of the team is also modified, and tends toward a more collective performance. The director looses his author status, inventor of a world, and becomes the creator of a device that reorganizes elements of reality. This research is based on contemporary Brazilian movies. Studying this particular production context questions the relationship between the socio historical context and the way of making movies: the Brazilian cinematographic production has a chaotic history and movies studied here bear the marks of this context.
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