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Corps en marge, corps photographiés - Une histoire des coprs à travers la marginalité comme sujet photographique

Auteure : Zoé Forget - Directeur de mémoire : Philippe Bazin (ESBA Valenciennes)

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Résumé :

Cette recherche a choisi de s’intéresser à l’histoire de la marginalité comme sujet photographique, en s’attachant à la figure essentielle du corps. Celle-ci nous a permis de nous interroger sur les rapports entre normes et marges, mais elle a aussi révélé une présence de plus en plus forte du propre corps du photographe dans le rapport aux images. Notre étude a tout d’abord cherché à mettre en place un ensemble de notions et de considérations d’ordre scientifique et philosophique ; celles-ci qui nous ont amené à voir que la perception de la marginalité des corps a opéré, au cours du XXe siècle, un glissement d’une définition uniquement physique à une problématique plus sociale. Les années 1960 représentent une époque charnière, où ces deux dimensions ont été bousculées, et où de nouveaux corps sont apparus, notamment à travers la photographie, mais aussi grâce à elle. L’oeuvre de Diane Arbus est en cela manifeste : son travail, centré sur la réalité des corps et leur existence, qui viennent toutes deux questionner la normalité, a définitivement ouvert la voie à de nouvelles représentations. Héritière d’Arbus, mais aussi des profonds changements de cette époque, une nouvelle génération de photographes va lier définitivement sa pratique à son propre vécu. Larry Clark, Nan Goldin et Alberto Garcia-Alix ont en commun de mêler photographie et autobiographique, donnant à voir une nouvelle réalité, trouble, peuplée de corps parfois douloureux, mais qui habitent une oeuvre forte en revendiquent eux aussi une représentation non normée. Poursuivant un rapprochement de plus en plus immédiat avec le corps de l’artiste, la troisième partie de cette étude aborde des travaux construits autour de la figure unique de l’autoportrait. Tout d’abord le lieu de jeux identitaires et de marginalisation visuelle, le corps se fait de plus en plus le support matériel à l’expression d’un malaise, que la photographie sert alors à retranscrire et manifester. Des images comme celles de David Nebreda posent la question des limites atteintes entre corps et marginalité. Le cheminement proposé nous pousse à nous interroger sur une redéfinition actuelle de ce que sont les normes et les marges du corps, et, surtout, sur la manière de les représenter ; si un processus de visibilité tend à les rendre aujourd’hui plus accessibles, leur allure de marges n’en est pas pour autant normalisée.

Abstract:

This research project takes as its object the history of marginality, focusing on the key theme of the body. This topic invites an exploration of the relationship between the norm and the margin, whilst also opening up a space for the growing presence of the photographer’s own body in the intersubjective relationship to the image. This study seeks first to establish a theoretical and philosophical framework. During the course of the 20th century a shift can be identified from a purely physical understanding of somatic marginality to its emergence as a social issue. The 1960s represented a watershed in this respect, a point where these two approaches were thrown into question and where new bodies appeared, in particular through photography, but also thanks to it. Diane Arbus’s work is emblematic in this respect†; her photography explores both the physicality and the existential quality of the body, the two coming together to call the concept of normality into question, permanently introducing new modes of representation. Drawing on Arbus’s legacy, but also on the profound changes that characterised this period, a new generation of artists came to interweave their life and their practice. Larry Clark, Nan Goldin and Alberto Garcia-Alix all mixed photography and autobiography, giving rise to a new often disturbing reality, inhabited by bodies that may be in pain, but which nevertheless occupy powerful bodies of work, staking their claim to non-normative modes of representation. The third section of this study pursues this quest for an ever more immediate encounter with the artist’s body by first discussing the unique form that is the self-portrait. As both a site for the play of identification and visual marginalisation, the body increasingly becomes the canvas for the expression of a malaise that photography operates to transcribe and to make visible. Images like those of David Nebrada push at the limits between the body and the margins. In conclusion, this theme brings us to question current definitions of the boundary between ‘normal’ and marginal bodies, and, above all, the ways in which the latter are represented; if today heightened visibility would seem to make marginal bodies more accessible, their very marginality exerts a pull that means that they are by no means normalised.