« Je crois que dans le cinéma, depuis qu'on fait des films, on a tué probablement plus de gens qu'on en a tués dans toutes les guerres de ce siècle », a déclaré Constantin Costa-Gavras. Le XXème siècle étant le siècle le plus meurtrier de l'Histoire, il y a probablement une propension à l'exagération dans les propos du réalisateur de Compartiment tueurs. Mais celle-ci invite à s'interroger : le meurtre est-il trop présent sur nos écrans ? La définition du « meurtre » donnée par Le Petit Robert est celle-ci : « Action de tuer volontairement un être humain » . Est tout autant volontaire le désir de sa représentation sur l’écran. Alors que la mort pour cause de meurtre n’est pas la règle, Dieu merci, dans la vie de tous les jours, elle est pratique courante sur nos écrans. Les films projetés en France il y a trente ans montraient 78 meurtres pour 100 films . Les jeunes américains aujourd’hui auront assisté à 8 000 meurtres sur les écrans avant d'avoir achevé leurs études primaires . Il y a donc là un paradoxe sur lequel il convient de se pencher. Comment se fait-il que, du réel à la fiction, un phénomène soit inversement proportionnel ? À quel miroir déformant de la réalité a-t-on affaire ici ? Quelles sont les raisons qui président à cette surreprésentation du meurtre dans le cinéma de fiction ? Et surtout, quels en sont les effets sur le spectateur ?
Abstract:
« I think that, since the beginning of the film-making industry, more people have been killed in cinema than during all the wars of this century» Constantin Costa-Gavras once said. The 20th century being the most deadly century of all times, there is probably an inclination to exaggerate in the words of the director of Compartiment tueurs. But this exaggeration should lead us to the following question: is murder too present on our screens? The dictionnary definition of murder is that of « deliberately killing a human being ». The desire to show murder on the screen is also deliberate. Death by murder is, fortunately, not very common in everyday life. However, it is of general use on the screen. Thirty years ago, in France, you could see 78 murders in every 100 projected films . Today, young Americans will have seen 8 000 murders on the screen before completing their primary education . Here lies a paradox it is interesting to explore. Why is there such a gap between fiction and reality? Why is the reality distorted in this way? What are the reasons behind this overrepresentation of murder in fiction films? And, above all, what effects does it have on the audiance?