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Distanciation dans la photographie d'actualité

Auteur : Christophe Caudroy - Directrice de mémoire : Françoise Denoyelle

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Annexes accessibles sur demande auprès du Centre de ressources documentaires

Résumé :

La rédaction de ce mémoire a été motivée par des interrogations sur de la représentation du réel dans la photographie d’actualité. Cette notion d’actualité est ici étudiée au sens large, car elle dépasse aujourd’hui le strict cadre de la photographie de presse. En effet une photographie basée sur la démarche documentaire émerge depuis une dizaine d’année et peut apparaître comme une alternative à la photographie de presse. Il convient d’étudier, en premier lieu, l’état de la photographie d’actualité aujourd’hui. Le photojournalisme et le photoreportage sont malades, c’est une idée très répandue dans le monde de la photographie depuis de nombreuses années. Pourtant le festival Visa pour l’image, n’a jamais eu autant de succès et certains photographes font l’objet d’un réel engouement du public. Le contraste est fort entre la multiplication des événements liés à la photographie et le désintérêt croissant de la presse pour le reportage en images. Pour analyser ce problème, il faut prendre en considération les évolutions des médias écrits et la photographie qui lui est associée, ces vingt dernières années. Les désillusions vis-à-vis de la photographie de presse et de la politique iconographique des journaux, poussent les photographes à reconsidérer leur façon d’aborder le monde et la photographie. Certains d’entre eux, voient en la démarche documentaire initiée par Walker Evans dans la première partie du vingtième siècle, la solution à leurs préoccupations éthiques et esthétiques. Le « style documentaire » apparaît ainsi comme une alternative à une photographie de presse en crise. Mais cette démarche ne serait-elle pas une remise en cause plus profonde de la photographie contemporaine ? En se démarquant des pratiques de la presse et en rejetant les milieux artistiques, la forme documentaire se situe dans un entre deux à l’équilibre précaire. Elle cherche à redéfinir la notion d’actualité et la façon de l’aborder. Elle questionne aussi les modes de diffusions de leurs travaux et la notion de public. On peut pourtant s’interroger sur la difficile adéquation entre les discours théoriques et leur réalisation pratique. Cette démarche, qui peut paraître dogmatique par son rejet des formes photographiques préexistantes, ne serait-elle pas victime de son succès ? En effet, en minimisant les aspects éthiques dans leurs travaux, certains photographes risquent de transformer la démarche en un maniérisme documentaire, mettant à mal l’utopie que semble aujourd’hui représenter la forme documentaire.

Abstract:

This work was motivated by my interrogations about how to represent reality in the photography of current events. The concept of current events is studied here in the broad sense, because today it exceeds the strict framework of the press photography. Indeed a kind of photography based on a documentary process has been emerging for ten years and seems to be an alternative to the traditionnal press photography. It is appropriate to study, initially, the state of today’s photography of current events. Photojournalism and photoreportage has an infliction, it has been a very wide-spread idea in the world of photography for many years. Yet, the festival “Visa pour l’image” hasn’t had as much success in the past and the public crazes for certain photographers. The contrast is strong between the multitude of photography events and the press industry’s rising disinterest for photoreportage. To analyze this problem, it is necessary to take into consideration the evolution of the written media and the photography which is associated to it within the last twenty years. The disillusions about the press photography and the newspapers’ picture policy pushes photographers to reconsider their approach to comprehend the world and photography. Some of them see in the documentary process, which was initiated by Walker Evans in the first part of the twentieth century, the solution to their ethical and aesthetical preoccupations. The « documentary style» thus appears to be an alternative to a press photography in crisis. But wouldn’t this process be a deeper questioning about contemporary photography? By distinguishing itself from the press’s practices and by rejecting the art world, the documentary photography places itself at an unstable midway. It tries to redefine the concept of current events and the way to approach them. It also interrogates the ways of diffusion of the works and the concept of public. Yet, one can wonder about the difficult adequation between theoritical speech and its practical applications. Wouldn’t the documentary process, which can appear to be dogmatic because of its reject of the preexisting types of photography, a victim of its success ? Indeed, by minimizing the ethical aspects in their work, certain photographers could turn the process into a mannered documentary photography and damage the utopia that it seems to represent.