Auteure : Géraldine Millo - Directeur de mémoire : Jacqueline Salmon
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Résumé :
La recherche s’éloigne du domaine de la photographie d’architecture pour mettre en évidence un rapport complexe du médium photographique aux espaces construits. La visée documentaire de l’architecture se met en place dès les débuts de la photographie : la photo doit servir à garder une trace de l’apparence des bâtiments. L’étude de ces premiers rapports entre espaces construits et photographie va révéler des relations profondes entre un moyen de représentation construit selon les lois de l’optique et travaillé par l’idée du temps, et des espaces structurés fragiles, soumis aux changements. L’attachement à la valeur patrimoniale des espaces construits et l’idée d’une diffusion de leur connaissance au travers de l’image vont mettre en place des normes permettant d’offrir la plus grande lisibilité à l’objet dans la photographie. Documenter ces espaces permettra au medium de se libérer de son enracinement dans la tradition picturale et de développer ses propres moyens de représentation. A partir de cette approche, deux voies vont se dégager : d’une part, celle qui suit l’ambiguïté de ces images, d’où toute présence humaine est exclue, qui, isolant l’espace construit, le réduisant à n’être plus qu’une pure apparence formelle, lui confère en même temps un autre statut, ouvert aux interprétations de différentes natures (scientifiques, surréalistes, poétiques, esthétiques…). D’autre part, la voie du documentaire aura permis de faire émerger une photographie directe qui s’affranchit en même temps que de la peinture et du dessin, des règles de la frontalité, de la netteté et de la neutralité de la lumière propre au style documentaire. A partir des années 1920, les photographes vont exploiter les potentialités du medium pour déconstruire l’espace de la perspective centrale. Ils vont ainsi révéler la dimension proprement temporelle de l’architecture : c’est un espace à arpenter. La mise en évidence de la structure de cet espace et l’enregistrement des traces qu’il porte au moyen de la photographie donnent une équivalence visuelle à la perception globale de l’espace. Par la typologie ou la série photographique, la neutralité documentaire ou l’interprétation subjective, la réduction photographique construit des représentations révélant les sens possibles des bâtiments: d’être des matrices et échos des espaces intérieurs, des précipitations d’enjeux sociaux et politiques, des expressions d’un certain rapport de l’homme et de son environnement.
Abstract:
Our research leaves the field of architectural photography to showcase the complex rapport between the photographic medium and built up areas. The documentary aim of architecture was established from the very first days of photography, when the medium was meant to keep a record of the appearance of constructions. The study of these first relationships between built up areas and photography reveals the deep down link between a means of representation built according to the laws of perspective and subject to time, and delicate, structured areas that are subject to change. The attachment to the patrimonial value of built areas and the idea of their knowledge being diffused through images have created the framework that will allow to offer greater readability to the object in photography. Documenting these areas allow the medium to free itself of its rooting in the pictorial tradition and to develop its own means of representation. Stemming from this approach, there are two different directions. On the one hand, one which follows the ambiguities in these images devoid of all human presence, and which, by isolating the built space, by reducing it to its mere formal appearance, invests it with another level, open to interpretations of various sorts ( scientific, surrealistic, poetic, aesthetic…). On the other hand, the documentary direction will have allowed a direct photography to be born, released at the same time from painting and drawing, as it is from frontal rules, from focus and the neutrality of lighting that are true to the documentary style. From the start of the 1920s, photographers have exploited the potentials of this medium to deconstruct the space of the central perspective. Thus they revealed the truly temporal dimension of architecture, which is a space to measure. Presenting the structure of this space and recording its traces by use of photography offer a visual equivalence to the global perception of this space. Through typology or series of photos, documentary neutrality or subjective interpretation, photography reduction builds representations that reveal the possible meaning of buildings: to be the matrix and echo of interior spaces, of social and political challenges, of the expression of a certain relationship to man and his environment.
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