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Ecole nationale supérieure Louis-Lumière
La Cité du Cinéma - 20 rue Ampère
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Saint-Denis (France) / Tel : 01 84 67 00 01
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Appel à témoignages : visite à Grenoble (Aaton)

Le voyage à Grenoble

 

L’usine de caméras Aaton est un lieu qui véhicule un imaginaire : celui d’une petite fabrique du cinéma, auquel a été sensible Jean-Luc Godard quand il s’est installé à Grenoble pour passer commande d’un prototype de caméra à sa main. Cette aventure de la caméra 8.35 a représenté le fantasme d'un dialogue entre un industriel et un cinéaste, entre Jean-Pierre Beauviala et Jean-Luc Godard, pour lequel, les critiques des Cahiers du cinéma, Alain Bergala et Serge Toubiana, se sont déplacés jusqu’à Grenoble. Pour passer d’une partie à l’autre de l’usine située dans un vieux quartier du centre-ville, les aatoniens doivent traverser la rue de la Paix. Le lieu a été agrandi petit à petit, de manière très organique, en annexant des anciens ateliers d’artisans dont les vitrines laissent entrevoir le travail : cette scène de rue a largement illustré les deux articles publiés dans les Cahiers du cinéma sous les titres Genèse d’une caméra. Épisode 1 & 2. Bien que ces entretiens racontent l’échec de l’alliance entre Godard et Beauviala, ils ont impulsé un mouvement. Dès lors, de nombreux cinéastes ont fait le voyage : le lieu, devenu mythique, représente, à travers la dimension artisanale de la petite société, la possibilité de faire du cinéma autrement et de discuter avec le fabricant, et entre techniciens, critiques et cinéastes. 

 

Un accord tacite est né avec les Cahiers du cinéma. Jean-Jacques Henry, Serge Le Péron, François Niney ont également fait le déplacement pour réaliser d’autres entretiens avec Jean-Pierre Beauviala au cours des années 1980. En contre-partie, la revue publiait des publicités pour Aaton. Souvent improvisées par Beauviala qui dessinait les appareils, ces images et leur composition expriment la légèreté qui les caractérise, comme la précision qui les détermine. La spontanéité du geste comme la poésie des textes révèlent la beauté de ces corps-machines tout en suggérant leur part animale et humaine. Jean-Pierre Beauviala était très attaché à la ville et à la position excentrée de Paris tout en étant installé en centre-ville : les publicités prolongent les vitrines de l’usine dont la transparence laissent entrevoir le travail comme une pensée du cinéma du point de vue d’outils envisagés dans le prolongement du corps et dont le design laisse transparaître leur fonctionnement interne. Certaines de ces publicités invitent à une visite comme une occasion unique pour parler cinéma, voir les montagnes ou un Bonnard au musée de peinture de Grenoble afin de placer cette « vue » de la rue de La Paix sur une scène internationale. Les enjeux de la création ne sont jamais loin de l’usine qui était avant tout un bureau d’études et un atelier de montage en partie visibles de la rue : les milliers de pièces qui composent une caméra étaient fabriquées par des fournisseurs du monde entier, mais « l’usine à films » représente, avec les publicités, la mise en scène d’un dialogue entre cinéastes et industriels dont Jean-Pierre Beauviala était la figure principale.

 

Vous avez fait le voyage. Nous souhaitons recueillir les récits de vos visites à Grenoble pour constituer, avec l’intégralité des publicités et affiches conservées à la Cinémathèque française, un ouvrage sur les dimensions esthétiques et sensibles de ce lieu, point de départ d’une réflexion sur le cinéma, les relations entre fabricants et cinéastes, les outils et les films. Nous vous proposons dans des textes qui peuvent être très libres de forme, de raconter en détail ces rencontres (Beauviala n’était pas le seul artisan de ce dialogue), les discussions et les rituels que ces visites représentaient en remontant à pied la rue Bayard vers la place Notre-Dame où se trouvait la brasserie Le glacier, Le tonneau de Diogène ou, plus près, la pizzeria de la rue Auguste Gaché. Vous avez peut-être gardé un des nombreux croquis sur les nappes en papier qui expliquaient le fonctionnement interne des machines ou esquissaient un projet rêvé, pris une photo, tourné des images…? Que ce soit sous formes de textes, de films, de photographies, de dessins, ou de récit oral, il s’agit pour nous, chercheurs en architecture et en cinéma, de recueillir ces morceaux d’atmosphères afin de conserver les traces sensibles d’une des dernières usines de caméras mécaniques au monde.

 

Vincent Sorrel et Nicolas Tixier

 

 

Ce travail de recherche envisage l’usine comme un milieu de la création qui produit des caméras et des images.

 

Il est le fruit d’un travail interdisciplinaire mené à Grenoble et s’inscrivant dans le cadre des ANR Scanea (Sagot-Duvauroux, Charles Ambrosino, Universités d’Angers et de Grenoble-Alpes) et Beauviatech (Jean-Baptiste Massuet et Gilles Mouëllic, Université Rennes 2).

 

Les premiers récits seront publiés en 2021 dans le prochain numéro du Cahier Louis Lumière consacré à Aaton et dirigé par Giusy Pisano (ENS Louis-Lumière) et Gilles Mouëllic, puis en 2022 dans un ouvrage largement illustré qui rassemblera les actes d’un colloque et les témoignages de cinéastes, techniciens, critiques qui ont fait le voyage jusqu’à l’usine de caméras de Grenoble.

 

Les premières contributions sont attendues pour le 15 octobre 2020 afin d’être publiées dans la revue de l’ENS Louis-Lumière et pour le 31 janvier 2021 pour ce qui concerne le projet d’ouvrage.

 

 

 

 

Contacts :

 

Nicolas Tixier est architecte et professeur à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, laboratoire AAU_Cresson. Il contribue à l’ANR SCAENA.

 

Vincent Sorrel est cinéaste et maître de conférences en Création artistique à l’Université Grenoble Alpes, laboratoire Litt&Arts. Il contribue à l’ANR Beauviatech.

 

vincent.sorrel@univ-grenoble-alpes.fr

nicolas.tixier@grenoble.archi.fr