Michel Marx enseigne l’écriture, notamment scénaristique, aux étudiantes et étudiants des Masters Photographie, Cinéma et Son au sein de l’ENS Louis-Lumière.
Il publie le 6 février un nouveau livre : Dernier ciel, aux éditions de l’Antilope.
Présentation du roman : Habité par l’indicible, un scénariste hypermnésique remonte la trace de sa famille anéantie par la Shoah, du café parisien aux mémoriaux de Drancy et d’Auschwitz. À travers arrêtés officiels, listes de convois, photos floues et témoignages brisés, il tente de recomposer un album intime où surgissent voix disparues, amours anciens et gouffres de silence.
Des camarades de lycée – drôles, décalés et un peu fantomatiques – surgissent après quarante ans. L’écart est grand entre leurs préoccupations et son obsession à recomposer l’album intime. Et pourtant, sans le savoir, ils vont l’aider.
Entre autofiction érudite et comédie sociale, ce récit vibrant explore jusqu’où l’écriture peut réparer les absences, « photographier » les fantômes et recoudre les fragments d’un passé irrécupérable.
A l’occasion de la sortie, Michel Marx a répondu à quelques questions autour de son travail :
Comment vous est venu ce projet ?
On porte des histoires et, au fil des années, elles tissent un récit intérieur. J’ai formé des étudiants en France, à l’ENS Louis-Lumière, et aidé des scénaristes à travers le monde à accoucher de leurs textes, tandis que la petite musique de mes propres mots me suivait souterrainement. Il y avait l’héritage de la souffrance de mes parents, la disparition de leurs propres familles dans l’embrasement de l’histoire, une mémoire obsessive, chercher des preuves de ces disparitions, m’interroger sur les traces floues qui m’avaient été transmises tant l’on sait que les générations directement impactées par l’Holocauste ne parlaient pas. À l’époque on disait que c’était pour nous protéger. J’ai beaucoup voulu chercher, et j’ai trouvé peu. J’espérais que des morts n’étaient pas morts, que des fantômes n’étaient pas des fantômes. Et puis des camarades de lycée ayant retrouvé ma trace sur internet ont surgi après une quarantaine d’années d’absence et proposé des retrouvailles. Une conversation avec une amie a déclenché l’écriture de mon livre qui attendait de naître. Elle m’a dit « Tu cherches en vain des disparus mais tu te caches de lycéens réapparus, cette contradiction est une invitation à écrire, une mission ! ».
Vous abordez des sujets sensibles, comment avez-vous abordé ces enjeux thématiques dans le traitement de votre récit ?
J’ai rencontré ces anciens condisciples et j’ai raconté devant mon écran d’ordinateur nos entrevues comme s’il s’agissait d’un journal de bord, et contre toute attente c’est eux que j’avais rechigné à voir qui m’ont mené vers les réponses que je cherchais. Le roman s’est écrit au fil de ces avancées, de ces découvertes où agissait la magie. A moins que la magie n’ait pas été de la partie mais plutôt une sorte de rapport à la métempsychose, les vivants me montrant le chemin des morts, une médiation ouvrant les portes du passé. Et il y a eu l’actualité, de nouveaux les morts et les embrasements de toutes parts, la résurgence de l’antisémitisme, et les doutes sur comment serait reçu ce récit qui avançait dans la nuit, oserais-je dire dans la nuit des morts-vivants, titre d’un film d’horreur à haute valeur métaphorique. Comme si les histoires ancrées dans des contextes de hautes turbulences venaient dire quelque chose du monde et de la répétition et des déplacements des drames de guerre, et nous exposer, réveiller des peurs, du côté des lecteurs/trices mais aussi des auteur.e.s, faire trembler. Il m’a fallu l’accepter, savoir que touchant à des sujets en effet sensibles et également à des secrets de famille je prenais des risques, égratignant peut-être aussi des amitiés à en révéler les ombres, brisant des injonctions, des pactes implicites. Mais j’avais tant insisté auprès de celles et ceux que j’avais accompagné.e.s dans leurs écritures sur le fait que l’art est une prise de risque, je n’allais pas reculer. J’ai alors marché dans ce labyrinthe qu’est la pensée, qu’est le monde, qu’est le temps et le pouvoir de l’écriture.
Vous êtes scénariste, enseignant à l’ENS Louis-Lumière, comment ce travail nourrit-il votre approche de l’écriture romanesque ?
À manier, soutenir, maturer et emmagasiner la multiplicité des histoires que j’ai suivies, si j’ai laissé de côté pendant plusieurs années ma propre écriture, elle cheminait en silence et je l’espère se bonifiait. De l’écriture de scénarios à l’écriture de romans, même si certains principes diffèrent, il n’y a qu’un transfert à opérer, c’est une technique avec ses règles et son alchimie, ses limites mais aussi sa liberté d’invention. À avoir exploré tant de fois le processus de l’adaptation de romans au cinéma, on comprend comment faire le chemin inverse, c’est-à-dire laisser filer en soi les images en les passant au filtre de la littérature. Et puis avant d’enseigner le scénario j’écrivais des nouvelles et des romans, il m’a donc suffi de faire la route à l’envers, de revenir à mes premiers pas, tout comme cette histoire que je raconte qui est un retour à l’enfance et aux messages cryptés transmis par les générations antérieures, timides mais imposants totems. Et c’est grâce à ces années de réflexion, car à enseigner on apprend, que se sont confrontés mon sens de la construction, le rapport à la responsabilité de l’écriture, à la technique, au poids des mots, aux interconnexions de la pensée, à l’espace assumé des rêves, l’amour qu’il faut avoir pour ses personnages quitte à explorer leurs démons, leurs peines, leurs terreurs et leurs regrets, leurs mystères et leurs erreurs, leurs joies éphémères, leur passage sur terre et leur courage de vivre malgré tout, parfois de mourir, ce que nous savons d’eux et ce que nous en imaginons, pour tenter de reconstituer en chapitres le puzzle de notre humanité héritée de la leur, leurs passions et les nôtres, leurs manques et les nôtres, tentatives tardives mais nécessaires de réparations. Le chemin de l’écriture est un chemin de partage mais aussi un face à face avec le deuil, les non-dits, les vides laissés comme les blancs entre les lignes ou les hors champ à l’écran qui nous menacent et nous appellent. Le cinéma je crois ressemble parfois à la littérature, la littérature au cinéma, la vie à l’art, et si les outils varient les émotions sont toujours les vecteurs de nos productions, de ce que nous tentons de réordonner comme les fourmis portent des brindilles dépassant souvent leur poids pour construire leurs abris, à petits pas discrets mais volontaires, formes noires et mouvantes traçant des routes.
2 rencontres à venir :
Dimanche 8 février à 11h30
Michel Marx au Café des Psaumes
16 ter Rue des Rosiers, Paris 4e.
Dimanche 15 février de 14h à 18h
L’Antilope et Michel Marx au Salon du Livre de l’OSE.
Halle des Blancs-Manteaux Pierre-Charles Krieg, 48 rue Vieille du Temple, Paris 4e.
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